La basse-cour de la poule pondeuse

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

La tototte : amie ou ennemie ? 16 avril 2008

Toute personne sans enfant s’est déjà trouvée face au tableau suivant : un bambin de 2-3 ans, tétine à la bouche, marmonnant quelques mots incompréhensibles. Il fait alors tomber la tétine, et s’ensuit une crise terrible jusqu’à ce qu’il retrouve enfin sa tototte chérie. La personne se fait alors un serment solennel « Jamais mes enfants n’auront de tétine ! Pauvre gosse, ses parents sont vraiment trop nuls (et apparemment n’ont pas lu Aldo Naouri) ». Ce que cette personne ignore, c’est que pour la plupart, les parents de cet enfant s’étaient AUSSI fait cette promesse solennelle. Alors, que s’est-il passé ?

Un nouveau-né est un petit être fragile. Son système nerveux notamment est immature, et ne lui permet que peu de relativiser, ou de se dire « ça ira mieux plus tard », s’il a un quelconque désagrément (mal au ventre, faim, un orteil qui gratte, peur de rater la Star Ac’ ou que sais-je). De plus, bien qu’il ait des compétences incroyables, il n’a que peu de moyens de se réconforter tout seul. Et parfois -une fois ses besoins de base satisfaits- même les bras aimants de ses parents ne suffisent pas à le réconforter. La seule solution est alors la succion dite non nutritive, c’est-à-dire le fait de téter sans manger. C’est d’ailleurs souvent utilisé en néonatologie pour soulager les bébés pendant les soins et éviter de les abrutir de médicaments analgésiques.

Comment alors satisfaire ce besoin de succion non nutritive ? A ma connaissance il y a quatre possibilités :

  • donner le sein
  • donner son petit doigt (ou celui du papa, pas de raison que ce soient toujours les mêmes)
  • donner une sucette/tototte/tétine/tututte/tutte/lolette
  • l’enfant prend son pouce

Chacune de ces méthodes a ses avantages et ses inconvénients, mais pour la dernière il est très rare qu’un poussin y arrive avant deux mois, et il faut généralement compter quatre-cinq mois. Donc elle ne s’applique pas dans les premiers mois, là où le besoin de succion est justement le plus intense (peu à peu les bébés arrivent mieux à se réguler, à relativiser, et à trouver d’autres sources de réconfort/distraction). Et si vous n’allaitez pas, la première méthode est a priori exclue.

Le sein : La stimulation quasi-permanente du mamelon assure une bonne production laitière (cette situation n’est cependant pas souhaitable pour tout le monde, rappelez-vous), et la succion du sein est la plus favorable au développement bucco-dentaire. Et on ne risque pas de confusion sein-tétine. Sans compter que c’est à peu près l’idéal en termes de germes et de maladies. Le facteur limitant est généralement la disponibilité de la mère : non, on n’est pas une mauvaise mère si on n’a pas envie d’avoir un nouveau-né pendu au sein 27h/24. Et si l’enfant doit être gardé, il va probablement falloir trouver une autre solution. Mais ça n’est certainement pas une raison pour jeter la pierre (à grands coups de « quoi ? encore au sein ? » et  » tu te fais littéralement bouffer par ce petit fourbe manipulateur ») à celles qui optent pour cette solution, bien au contraire, c’est d’encouragements qu’elles ont besoin.

Le doigt : a priori ne modifie pas les habitudes de succion de l’enfant. De plus comme cette situation est assez paralysante pour le parent, vous êtes sûr de ne pas en abuser et de ne l’utiliser qu’en dernier recours. Au niveau hygiène, il vaut mieux éviter après avoir changé une roue. Ceci dit, surtout si le poussin est allaité, il est protégé vis-à-vis de la flore de la mère, et si celle-ci échange suffisamment de bave avec le père, cela marche aussi pour lui. Par contre il est déconseillé que d’autres personnes que les parents donnent le doigt.

La sulfureuse tétine (*signe de croix*) : Vous permet de faire autre chose pendant que le poussin tète gentiment dans son coin. Par autre chose je ne veux pas forcément dire surfer tranquillement sur le net et vous faire une French pédicure (quoi que…), mais tout simplement prendre une douche, ou conduire jusqu’à la maison, sans que le poussin s’époumone harmonieusement comme si vous essayiez de lui sortir les yeux à la petite cuillère. Peut aider aussi le poussin à s’endormir tranquillement, parfois plus efficacement qu’une berceuse ou que mille deux cent quarante-trois tours de votre appartement dans les bras. Inconvénients : peut entraîner une confusion de succion et/ou une baisse de lait et mettre en danger l’allaitement. Certains poussins ne veulent pas en entendre parler. Accusée de nombreux maux (otites, caries, dents de travers, troubles du langage…), la réalité est en fait plus nuancée, comme le montrent les recommandations de la Société canadienne de pédiatrie. Autre problème : le poussin qui la perd et vous réveille dix-huit fois par nuit pour que vous la lui remettiez. Le manque de sommeil rend créatif, et des parents ont mis en place des tas de solutions : mettre vingt totottes dans le lit pour que l’enfant en trouve facilement une, mettre la tototte sur un élastique tendu en travers du lit, ou encore cette technique apparemment pas si imparable… Au niveau hygiénique, la tototte peut être lavée et stérilisée sans problème, mais que faire si elle tombe dans le métro et que vous n’en avez pas d’autre sous la main ? (réponse : se promener avec une quinzaine de sucettes sur vous) Et puis soyons francs, les bébés ne sont pas franchement mis en valeur avec cet anneau qui pendouille.

Le pouce/les doigts : Votre poussin a trouvé son pouce ? Personnellement c’est ma solution préférée : il l’a toujours sur lui et sait toujours où le trouver. Au niveau hygiène, on essaie de l’empêcher de manger nos chaussures et c’est déjà pas mal. Principal inconvénient : quand viendra le moment d’arrêter, on ne peut pas le contrôler et décider que maintenant c’est fini (enfin il existe des vernis répulsifs à mettre sur l’ongle, ou des remèdes de grand-mère charmants du style coudre la manche du pyjama…). Et au bout d’un moment apparaît une sorte de bouton à la base du pouce (apparemment ni gênant, ni grave).

Conclusion : que faire ? L’usage de la tétine ne devrait pas être systématique (notamment dans les maternités), et on ne doit pas vous l’imposer. Cependant, utilisée avec discernement, elle peut s’avérer précieuse au quotidien : même la Leche League le reconnaît. Ainsi, si vous allaitez, éviter de la donner tant que le réflexe de succion et la lactation ne sont pas bien établis, et n’hésitez pas à privilégier le sein (même temporairement) si l’un ou l’autre vous semblent compromis. Ne jamais tremper la tututte dans un liquide sucré (sauf cadre médical bien défini, notamment si elle est utilisée comme analgésique pour un soin douloureux). On peut aussi essayer de fournir une autre réponse (quand c’est possible bien sûr) : bras, berceuse, écharpe, promenade, etc avant de proposer la tétine. Quand le poussin grandit, on peut enfin commencer à lui proposer d’autres choses à tétouiller, comme un doudou qu’il pourra tenir et utiliser à sa guise (euh là niveau hygiène débarquement imminent de la DDASS…).

Si cela peut rassurer de jeunes parents à qui on prédit que leur poussin passera son bac tototte en bouche, le nôtre a été un véritable accro entre 1 (avant on lui donnait le doigt, les malheureux…) et 3-4 mois. Et je peux vous dire qu’il y a un certain nombre de moments où c’était la seule chose qui le calmait (même le sein qui débordait de lait n’y faisait rien). Ensuite il s’en est progressivement désintéressé et vers 5-6 mois la refusait complètement. Entretemps il a trouvé son pouce, qu’il prend uniquement quand il est fatigué ou quand il a faim. Evidemment, c’est un exemple et chaque poussin est différent. Enfin on n’a jamais vu personne passer son bac avec une tototte (passons sur les négociations au couteau avec le tonton ado du poussin qui voulait lui piquer ses tétines cet été…).

Donc comme toujours, je dirai : écoutez-vous, observez votre enfant, gardez l’esprit ouvert, trouvez votre rythme et vos solutions.

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16 Responses to “La tototte : amie ou ennemie ?”

  1. Fleur Says:

    il y a une chose qui me gêne dans tout cela et que tu as évoquée discrètement : tu parles de l’inconvénient du pouce que l’on ne peut ôter à son enfant…

    et c’est justement ce qui me gêne souvent avec la tétine : elle répond au besoin de succion de l’enfant certes, mais aussi (et parfois tristement surtout) à celui (de calme?) des parents… qui la suppriment donc quand ILS n’en ont plus besoin…
    l’enfant, LUI, peut avoir un grand besoin de succion à 4 ou 5 ans!

    bon évidemment, je ne suis pas fan du tout de l’enfant qui joue ou parle tétine en bouche… et suis donc ravie d’avoir deux suceuses de pouce!

  2. ça me rappelle mon frère qui s’est longtemps endormi en tétant « dans le vide » et en agitant son doudou. Et je suis bien d’accord qu’il ne faut pas oublier l’intérêt/le point de vue de l’enfant (même si son intérêt passe aussi par des parents en bonne santé mentale…). Quelque chose me dit que tu n’es pas fan de Naouri 😉

  3. Fleur Says:

    euh… comment dire….
    je préfère Gordon disons!

  4. la honte je connais pas !

  5. Fleur Says:

    allez, petite biblio pour un prochain article :
    I. Filiozat « au coeur des émotions de l’enfant »
    et T. Gordon « Parents efficaces  »

    bon, il y en a quelques autres qui m’aident à avancer avec mes puces, mais ceux là sont un bon début (pour prendre connaissance avec l’idée, j’entends (communication non violente, écoute active, respect des émotions de l’enfant)… après on peut toujours ne pas adhérer)… et si je mets les titres des autres… je risque d’effrayer!

  6. Blandine Says:

    @ la Poule: je suis entièrement d’accord avec toi, à chaque enfant sa solution!

    Pour le n°1, pas de tétine malgré l’utilisation d’une tétine de bib non percée scotchée à un lange roulé (une technique ancestrale selon les puéricultrices!!) pour lui apprendre à téter en néonat. Pas de pouce non plus, il « tète » la paume de sa main!!

    Pour le n°2: une tétine entre 1 et 3 mois (j’entends encore les hurlements de Belle-Maman!) et le pouce (dès 3 semaines!) qui est le signe annonciateur d’un dodo imminent.

    Pour celles qui ont peur que la tétine freine le langage de leurs poussins (j’en faisais partie), ma petite cousine de 19 mois élevée à la tétine dès son plus jeune âge a le niveau de langage d’un enfant entrant en petite section de maternelle (phrases construites, vocabulaire important et très compréhensible). Et je suis sûre qu’elle n’est pas une exception.

  7. @Fleur : le pb c’est que souvent ils ne sont pas à la bibliothèque près de chez moi… enfin il y a toujours amazon. n’hésite pas pour les autres, j’ai pas peur

    @Blandine : c’est marrant j’ai l’impression que la tétine est super mal perçue par la génération de nos parents, les miens aussi étaient hystériques sur le sujet. Ta cousine est la réincarnation d’Einstein/de Mozart ?

  8. helene Says:

    chez nous, on lui donnait le doigt, et il a trouvé son pouce assez rapidement en fait…mais juste pour s’endormir ou pour se calmer quand il pleure ( genre quand je lui lave le nez à grands jets de serum – il est enrhubé depuis vendredi et fait une otite en plus ! – )
    sinon, on avait au début essayé la tétine la nuit…mais elle tombait dès qu’on lui mettait donc si c’est pour se relever à chaque fois en pleine nuit, non merci !

  9. @helene : eh oui, le pouce c’est le TOP !

  10. Mathilde Says:

    Le pouce c’est top (mes deux poussins l’ont trouvé, l’un assez rapidement et l’autre pour imiter son petit frère…le comble !) mais ça l’est moins pour les dents. Remarque, si on commence déjà à penser aux frais d’orthodontie pour plus tard, on est mal !
    Par contre, ma belle-mère est dermato et elle dit qu’elle voit plein de gamins avec des infections de la bouche à cause d’elle (la tétine, pas ma belle-mère) donc ça ne m’a pas donné envie…même si elle a aussi le pouce en horreur (elle a des copines dentistes…le microcosme des médecins spécialistes…)
    D’un autre côté, je vois ma nièce qui n’a pas été allaitée, la tétine a été salvateur pour elle. Alors quoi Mathilde ? bah rien … faites vos jeux chers parents … soyons solidaires des choix de chacun ! ;o)

  11. D’après ce que j’ai lu (mais je ne suis pas orthodentiste) les problèmes arrivent si le poussin suce toujours son pouce/sa tototte quand les dents définitives se pointent. Ce qui nous laisse un peu de marge…

  12. Mathilde Says:

    OUFFFFFFF ! 🙂
    (mais quand même : les dents de poussin n°2 sont déjà, à 2 ans, bien en avant !!! ouille)

  13. Bon j’imagine que ça dépend aussi de la fréquence du suçage de pouce. Commence à mettre de côté pour payer les bagues 😉

  14. helene Says:

    le top mais on m’a fait des réflexions comme quoi ça déformait les dents…y en a je te jure !

  15. Fleur Says:

    … sauf que la tétine déforme autant la machoire et le palais que le pouce si ce n’est plus…

    et à vous lire, je me réjouis d’avoir une puce aux dents tardives : elle a 5 ans, bientôt le CP, toujours le pouce (pour s’endormir ou se calmer)… mais les dents définitives sont loin… très loin!

  16. @ helene : de toute façon on te fera des réflexions, quoi que tu fasses ou pas….

    @ Fleur : pratique ça : pas de dent, pas d’appareil !


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