La basse-cour de la poule pondeuse

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

Dépôt vente 10 avril 2008

livre_massin Aujourd’hui un livre qui s’adresse à tous les parents et futurs parents : Vous qui donnez la vie, un autre regard sur la grossesse de Christophe Massin. Dans cet ouvrage, pas de recommandations sur le nombre de carrés de chocolat autorisés à la femme enceinte, la quantité de vêtements taille 1 mois à acheter ou encore à quel âge commencer les navets. Il s’agit plutôt de comprendre les processus psychiques et psychologiques à l’œuvre chez les parents et futurs parents depuis la conception jusqu’aux premiers jours de l’enfant. Rassurez-vous ça n’est pas le style :

– « Docteur, je ne me reconnais plus, j’ai envoyé une assiette à la figure de mon chéri/pleuré devant une pub. »

– « Allons allons ma brave dame, c’est les hormones ».

Pas non plus le genre « faites ci, faites ça, comme ça, et pas comme ça », mais plutôt des pistes, des idées à explorer et à s’approprier (ou pas) si elles vous parlent.

A partir de son expérience de psychiatre-psychothérapeute et de nombreux témoignages de parents, l’auteur aborde des sujets aussi variés que le désir d’enfant, l’interruption de grossesse (volontaire ou médicale), le rôle de l’équipe médicale pendant la grossesse puis à la naissance, ou encore la place du père. Le livre s’articule ainsi en trois grandes parties : Le choix de la vie, La vie entre les mains de la science, et Père, mère et enfant. Il est à recommander à tous ceux qui veulent prendre un peu de recul sur leur rôle de parent et faire la part des choses dans les émotions fortes et parfois contradictoires qui accompagnent ces moments. Je pense que sa lecture peut aussi aider les personnes qui d’une façon ou d’une autre ont mal vécu certaines choses autour de la grossesse, surtout si elles leur restent encore en travers de la gorge.

Vous êtes conquis ? Mauvaise nouvelle, ce livre a été retiré par l’éditeur. On en trouve encore chez Fnac et Amazon. Et je connais bien l’auteur à qui il en reste un stock. Vous pouvez donc par l’intermédiaire de ce site l’acheter au prix de 20 € (port compris pour la France métropolitaine). Et si vous avez l’esprit midinette, vous pouvez avoir pour le même prix une dédicace de l’auteur. Pour plus de détails, m’envoyer un mail : lapoulepondeuse @ gmail.com (il faut enlever les espaces bien sûr)

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Mon bébé arrivé en avance 10 mars 2008

Aujourd’hui la Basse-cour de la poule pondeuse est très fière d’accueillir une guest star : Blandine (une très fidèle commentatrice et néanmoins amie), qui vient nous parler de son poussin un peu pressé de montrer son petit bec. Un sujet qui nous touche tous, même s’il ne nous concerne pas directement. Espérons qu’elle reviendra bientôt avec d’autres textes !

Je vais vous raconter l’histoire d’un très, très petit bébé

Encore une fois, Laurence Pernoud vous a menti… pas de bébé tout rose, pas de chambre décorée avec un joli berceau, pas de valise de maternité remplie de tous les bodies choisis avec amour, un prénom choisi à la va-vite dans une chambre d’hôpital.

Juste un bébé petit, très petit, trop petit.

Nous avons la joie de vous annoncer la naissance de notre Poussin.

Il pèse 1kg 660 et mesure 41 cm.

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Et voilà, ce fameux mardi d’octobre, nous aussi entrions dans les statistiques de la maternité : 7,5% des naissances sont prématurées. Et Poussin obtenait son premier classement : Grand prématuré.

Nous allions entrer dans un monde qui nous était complètement inconnu, apprendre un vocabulaire qui par la suite allait nous devenir plus que familier.

Mais d’abord, comment en arrive-t-on là ?!

En effet, la plupart d’entre vous savent qu’une grossesse dure 9 mois soit 39 semaines ou pour les plus averties 41 semaines d’aménorrhée (SA).

Eh bien lorsque la naissance survient avant 37 SA soit 35 semaines de grossesse (avant 8 mois), elle est dite prématurée. Parmi les bébés prématurés, certains sont plus ou moins ‘grands’ : avant 28 SA (avant 6 mois) on parle de très grands prématurés, entre 28SA et 32SA de grands prémas et entre 32 et 37 SA de prémas.

Vous vous doutez bien que le poids du bébé est à mettre en relation avec sa prématurité. Au royaume des poids plumes, Poussin jouait dans la catégorie ‘poids lourd’ !

Mais pourquoi un bébé ne reste-t-il pas tranquillement dans le nid douillet que lui a confectionné sa maman ?

Ben, parce que…

Pour une partie non négligeable des naissances prématurées il est difficile d’identifier la cause exacte.

Le travail peut être spontané. Qu’est-ce qui le déclenche ? Infections (chorio-amniotite) et hémorragies placentaires (placenta praevia et bas inséré) sont les causes les plus souvent évoquées.

Ou l’accouchement peut être décidé par l’équipe médicale car il y a un risque vital pour la mère et/ou l’enfant : retard de croissance intra-utérin, hypertension artérielle maternelle, rupture prématurée de la poche des eaux.

Après ce passage médical, je vous emmène au pays des couveuses. Et oui, parce qu’un bébé trop petit ne doit pas seulement grossir, il doit aussi respirer, avoir chaud, apprendre à manger… faire tout ce qu’il aurait dû faire dans le ventre maternel.

C’est là qu’a commencé pour nous, parents de ce petit bout, le long chemin vers la maison. Rien ne nous avait préparés à cette naissance si particulière. La veille, j’avais un gros ventre et le lendemain j’étais maman mais sans bébé… on m’aurait arraché un bras que je ne me serai pas sentie plus démunie. Je ne le connaissais pas et il me manquait déjà.

Il a fallu créer le lien qui unit une maman à son tout-petit au milieu des incubateurs, des scopes, des tubes, des sondes et autres machines qui ont fini par devenir notre quotidien pendant deux mois.

Mais au fait, à quoi ressemble la journée d’une maman d’un prématuré hospitalisé ?

Vous vous levez le matin tôt pour tirer votre lait (et oui les fameuses Prim’holstein !), vous le rangez soigneusement dans votre sac congélation qui ne vous quitte plus, vous partez rejoindre Poussin à l’hôpital (vous avez de la chance car vous habitez à 20mn à pied, pas comme votre voisine de couveuse qui habite en banlieue à 1h30 de train), vous déposez votre production laitière au lactarium, puis vous montez les escaliers une boule au ventre de peur que l’irréparable soit arrivé entre le moment où vous avez quitté l’appartement et celui où vous arrivez (le reste du temps votre téléphone est greffé à votre oreille au cas où). Vous arrivez au service de néonatalogie et là commence la décontamination : mieux que dans Urgences, après vous être ‘désinfectée’, vous enfilez votre blouse, vos chaussons, votre charlotte et vous courez jusqu’à la ‘chambre’ que Poussin partage avec quatre autres joyeux drilles tous plus petits les uns que les autres. Après avoir constaté qu’il dormait profondément, vous lisez attentivement la feuille de soins, vérifiez que le scope fonctionne parfaitement, que ses constantes sont bonnes, et là vous respirez à nouveau.

peau a peau

Comme vous êtes arrivée dans les premières, vous pouvez profiter d’un des 2 transats du service que vous installez à côté du ‘lit’ de Poussin. Puis vous attendez qu’une infirmière vienne vous proposer de faire du peau à peau avec Poussin, vous vous installez le ventre à l’air (vous avez laissé votre pudeur dans le sas de décontamination) et attendez que l’infirmière vous pose Poussin contre vous (‘je le débranche ?’, ‘euh, vous êtes sûre, vous savez je suis plus tranquille s’il reste branché à cette merveilleuse machine qui me dit s’il respire et si son cœur bat bien !’) et là commence le plus long câlin du monde.

Vous somnolez, vous lisez, vous papotez avec vos voisines (seins et ventre à l’air bien entendu !), Poussin dort profondément. Et la journée se passe ainsi entrecoupée des passages à la trayeuse (toujours en compagnie d’une voisine qui a des seins plus gros que les vôtres et une production laitière qui pourrait suffire au service entier !), des soins de Poussin, de ses repas (autrement appelés gavages).

Progressivement, Poussin acquiert de l’autonomie et vous aussi. Alors qu’il commence à apprendre à téter, vous êtes capables de le sortir seule de la couveuse, de le débrancher (vous n’avez presque plus peur qu’il arrête de respirer), de le laver, de le changer (avec des micro-couches, merci Pampers !), et même de l’habiller avec les micro bodies que votre maman a fini par trouver à Auchan (maintenant les prémas sont à la mode et toutes les boutiques de puériculture vous proposent la taille préma 1 et la taille préma 2 !) .

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Et le Papa dans tout ça ? Et bien après sa journée de travail, il court jusqu’à la couveuse de son Poussin, s’enquiert auprès de vous de la journée passée et prend sa dose de câlin avant de rentrer avec vous dans cet appartement un peu trop vide. Le week-end, vous passez tous les 2 vos journées avec Poussin dans la ‘chambre’ devenue trop petite et qui ressemble au métro les jours de pointe. On fait la queue à la pesée, au bain, à la trayeuse…

Et voilà, un jour on vous annonce que Poussin va pouvoir rentrer à la maison avec vous. Et là c’est la panique ! Paradoxalement ce jour tant rêvé vous angoisse au point que vous demandez à l’infirmière-chef de retarder un peu cette sortie… le temps d’apprendre à vivre sans les machines (comment je vais faire pour savoir si tout va bien ?), sans les infirmières (et si je faisais tout de travers ?), sans tout ce que vous avez détesté et qui aujourd’hui vous est devenu indispensable.

Maintenant, Poussin n°1 est grand, il a un petit frère Poussin n°2 né à terme, mais je n’oublierai pas un seul instant de cette naissance si particulière et de ses débuts chaotiques dans la vie. Pour faire face à toutes ces émotions qui ont rejailli une fois le cocon hospitalier quitté, je me suis tournée vers une association formidable dont je vous invite à consulter le site : SOS Prema.

 

Le nouveau père 21 février 2008

Coq

Depuis hier, ça fait sept ans qu’il y a un coq dans ma basse-cour. Alors aujourd’hui je lui rends hommage par ce texte, publié il y a quelques mois sur Ladiesroom (un site sympa auquel je participe un peu).

Je voudrais aujourd’hui rendre hommage au nouveau père, en l’occurrence celui de mon fils.

Par nouveau père, je ne veux pas seulement dire jeune papa, mais décrire une nouvelle façon d’aborder la paternité. Evidemment, mon homme est un cas particulier, mais divers témoignages d’ami(e)s me poussent à imaginer qu’il n’est pas tout seul, et qu’une nouvelle vague d’hommes envahit la France.

Qu’est-ce que le nouveau père ? D’abord, le nouveau père veut un enfant, au moins autant que sa femme. Parfois c’est même lui qui doit vous convaincre, alors que vous êtes réticente à l’idée de bouleverser votre carrière, votre corps, bref votre vie. Quand les essais commencent, il fait les cent pas dans la salle de bains avec vous en guettant l’apparition de la deuxième ligne. Une fois les choses mises en route, il est aussi heureux que vous et se met en quatre pour faciliter votre vie de bidon qui gonfle. Il vous accompagne aux échographies, et va faire les magasins pour tester les soixante-douze modèles de poussettes. Il va à Carrouf sans vous (il faut vous reposer) et revient avec des bodys cromeugnons pour le bébé. Certes il a pris d’abord la taille naissance (trop petit), puis du 12 mois (”Je croyais qu’on allait avoir un gros bébé !”), mais c’est l’intention qui compte.

Il trouve que sa femme est magnifique enceinte, lui fait l’amour quand elle a envie et la laisse tranquille quand elle a la libido dans les chaussettes. Il vient visiter la maternité alors qu’il préfèrerait attendre au bistrot d’en face en fumant des cigares, et il se retient de demander si lui aussi pourrait avoir du gaz hilarant pendant l’accouchement. Il passe une demi-journée à s’entraîner à fixer le siège auto dans la voiture. Il fait patiemment la demi-douzaine d’aller-retour à la maternité (avec chargement et déchargement des trois valises qui contiennent le minimum vital pour survivre à 3 jours d’hôpital avec un nouveau-né) quand vous croyez accoucher mais qu’en fait non. Il renonce à appeler l’enfant Nouveau père Junior et se rallie au prénom que vous avez choisi.

Le jour J, il se fait broyer la main avec le sourire à chaque contraction, et vous masse les reins alors que vous attendez la péridurale. Il se demande à quoi il sert mais il reste stoïque sur sa petite chaise pendant des heures à attendre, sans demander toutes les cinq minutes si c’est bientôt fini. Il ne filme ni ne photographie l’accouchement (coefficient de glamour de la femme à ce moment-là : même Angelina Jolie fait penser à Raymonde Bidochon). Il ne se formalise pas que la moitié de l’hôpital (y compris un jeune interne avec un petit air du Dr Carter) soit venue admirer en long, en large et en travers l’intimité de son épouse. Il n’est pas tombé dans les pommes quand il a vu la quantité de sang que vous avez perdue.

Une fois le bébé arrivé, c’est lui qui va apprendre à le changer, le baigner, et faire les soins du cordon pendant que vous tentez de vous reposer (vous aurez tout le temps de vous y mettre). Certes il a mis le pyjama à l’envers et vous avez dû lui répéter trois fois qu’il y a dans le sac un savon spécial que vous avez choisi après avoir fait dix-sept pharmacies pour laver le bébé. Mais vous pouvez rester couchée, et ça, après trente heures de contractions, c’est très appréciable. L’inconvénient c’est qu’une légère angoisse vous étreint quand il part le soir et qu’elle ne vous quitte que lorsqu’il revient le matin.

Le nouveau père a décidé de combattre le baby blues à la racine. A la maternité, il vous apporte des croissants pour le petit déj ainsi que votre bouilloire et votre thé préféré, car comme par hasard votre bébé a toujours faim quand votre petit déjeuner arrive. Et vous n’êtes pas fan du Lipton Yellow froid. Il mange le steack bouilli fourni par l’hôpital et vous apporte les sushis dont vous rêvez depuis neuf mois. Il vous imprime tous les emails de félicitation que vous recevez et empêche les importuns de venir vous admirer en slip filet les seins à l’air (on vous a dit de faire sécher les crevasses).

A votre retour, vous trouvez l’appartement propre et les courses faites. Tous les jours, des jus de fruits frais vous attendent pour votre petit déjeuner, et il veille jalousement sur votre stock de chocolat (votre consommation habituelle a quadruplé). Il fait les cent pas dans l’appartement avec le bébé quand c’est la seule chose qui le calme. Il ne vous envoie pas dormir dans la chambre du bébé pour avoir des nuits tranquilles (après tout vous allaitez, il n’a pas grand chose à faire). Il prend son congé paternité pour s’occuper de vous et du bébé, ce qui vous évite de voir votre mère et/ou votre belle-mère s’installer chez vous.

Une fois que la routine s’installe, vous devenez un binôme de choc: prépare le biberon pendant que je lui donne les vitamines, je nettoie le matelas à langer pendant que tu le rhabilles, etc. La nuit, vous lui découvrez des trésors de patience avec un bébé qui détecte à la seconde si vous êtes debout ou assis, ou si vous tentez de le poser dans son lit, croyant naïvement qu’il s’est endormi. Certes, il est incapable de lui choisir une tenue pour la journée, se bat dix minutes avec la gigoteuse pour l’ouvrir ou la fermer, et dit n’avoir pas la moindre idée de quoi mettre dans le sac à langer (note: vous non plus vous n’avez pas le sac à langer inné, vous réfléchissez cinq minutes). Mais il connaît les horaires de repas du bébé, la nourriture à préparer, l’état de son érythème fessier et tous ces petits détails triviaux.

Il sait respecter la tradition et dégainer les diamants pour vous féliciter d’avoir produit un petit être aussi parfait.

Il sait aussi que votre travail est important et emmène le bébé chez la nounou tous les matins pour que vous puissiez arriver à l’heure. C’est d’ailleurs la seule personne au monde à qui vous laissez votre bébé sans appréhension ni liste de trente pages de recommandations et instructions.

Oui, le nouveau père est votre alter ego parental. Grâce à lui, vous pouvez être la mère, l’amante (le nouveau père n’est rebuté ni par votre ventre qui pendouille ni par vos soutien-gorge d’allaitement) et la businesswoman sans avoir l’impression de cumuler sept jobs à plein temps.

Le nouveau père est arrivé, et je crois que toute les filles y ont droit. Exigez votre nouveau père (mais ne comptez pas sur le mien, je l’ai je le garde) !

(image : http://www.drawingbusiness.com/portfolio/v/multimedia/Fjord-Rooster.jpg.html)