La basse-cour de la poule pondeuse

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

Allaiter un morphale : quelques pistes de survie 23 février 2008

jaws Tous les conseils et préconisations autour de l’allaitement visent généralement à prévenir et à corriger deux problèmes : un bébé qui ne tète pas bien et/ou pas assez et une mère qui n’a pas assez de lait. C’est tout à fait normal et souhaitable puisque ces soucis peuvent facilement conduire à un abandon précoce et souvent mal vécu de l’allaitement, voire à un risque pour la santé de l’enfant qui perd trop de poids. Mais on ne parle à peu près jamais du « couple » à l’autre bout de l’échelle : Jaws, le bébé morphale aux mâchoires d’acier et sa mère la Prim’Holstein. Comme vous vous doutez, la poule pondeuse et son poussin appartiennent (ou plutôt appartenaient) à cette dernière catégorie. Et c’est uniquement à cette catégorie que les quelques conseils de cet article s’adressent. Je n’ai aucune compétence pour les autres, sinon celle de les adresser aux autorités compétentes justement.

Comment savoir si vous faites partie de cette merveilleuse communauté ? Commençons par Jaws, le prédateur en couches-culottes. A peine frais émergé du ventre maternel, il s’est rué sur votre sein comme la vérole sur le bas-clergé. A la maternité, tout le personnel ébahi constate son incroyable force de succion, et vous vous attendez presque à voir débarquer dans la chambre une délégation menée par le chef de service pour lui remettre la médaille du Téteur de Platine. Il n’est pas à l’air libre depuis 48 heures qu’il a déjà exploré tout le ventre et les pectoraux paternels à la recherche d’un sein nourricier. Votre coq favori arbore d’ailleurs un magnifique suçon sur le bras, et ça n’est pas votre œuvre (on se doute que vous avez autre chose à faire). D’ailleurs vous avez tendance à lui laisser le jeune piranha plus souvent qu’à son tour, vu qu’à moins d’1 mètre de votre généreux décolleté, alléché par l’odeur, il (le bébé, pas le papa) ouvre un large bec et pousse des cris de volume croissant jusqu’à ce que vous colliez votre téton dans le bec en question. D’ailleurs il aura dépassé son poids de naissance avant la fin de sa première semaine.

Et vous ? Si bien stimulée par les mâchoires d’acier, votre montée de lait arrive dans les 48 heures. A partir de là, vous découvrez que telle le Petit poucet, vous semez non pas des miettes mais des gouttes de lait partout où vous allez. Vous consommez 4 paires de coussinets d’allaitement ultra-absorbants par jour et ne quittez votre soutien-gorge que pour la douche sous peine de vivre dans une mare de lait permanente. Quand le poussin prend le sein, il commence par s’étrangler pendant 5 minutes tellement la pression est forte (quand vous lisez que le biberon est une invention infâme car l’enfant ne contrôle pas le débit de lait, ça vous fait doucement rigoler). Si vous aviez réussi à joindre le lactarium, vous seriez probablement devenue leur nouvelle meilleure amie. En attendant, porter une coquille recueil-lait sur un sein pendant que le bébé tète l’autre vous suffit à remplir un 125 ml par jour.

Vous y êtes ?

D’abord on dit généralement que dès qu’un bébé manifeste l’envie de téter, il faut le mettre au sein. Dans votre cas, ce n’est pas forcément la meilleure idée. Les bébés ont en effet pour la plupart besoin de succion non nutritive. Et dans votre situation, entre l’efficacité du poussin et votre débit de lait, dès que le bébé est au sein, il mange. Il ne sait pas « tétouiller », c’est-à-dire mâchonner le sein sans manger. Et votre sein ne semble jamais se tarir. Cerise sur le gâteau, si vous le laissez au sein trop longtemps il va vomir toute sa tétée. Vous découvrez que cet estomac n’est finalement pas sans fond. Ô joie, ô bonheur, vous pensez l’avoir enfin rassasié pour plus d’1h30, et à la place vous (votre poussin, votre lit, votre fauteuil…) baignez dans du lait à peine digéré. Quant au poussin, il a l’estomac vide. Donc une demi-heure plus tard, il a encore faim. Et vos seins, si bien stimulés, vont produire encore plus de lait. Vous songez à vous vendre comme nourrice pour quintuplés mais vos pauvres tétons écrabouillés aimeraient bien avoir un temps de répit.

Donc dans votre cas, il faut que le bébé puisse téter autre chose pour apaiser ce besoin. Il y a bien son pouce, mais c’est rare qu’il le trouve avant 3-4 mois. Il vous reste votre auriculaire (ou celui du papa, qu’il se rende un peu compte de ce que vous vivez), la tétine ou un biberon d’eau. Là c’est vraiment à vous de voir ce qui convient le mieux à tout le monde. Vous constaterez peut-être qu’il y a des moments où le bébé va pleurer au sein mais se calmer en tétant votre doigt.

Essayez de repérer le temps maximum d’une tétée (par exemple pas plus de 45 minutes) et d’établir un temps minimum entre deux débuts de tétées (1h30 – 2h). Evidemment il ne faut pas être rigide, ce sont de simples repères. Par exemple si l’enfant est malade, si vous voulez « acheter » son silence dans un lieu public, ou s’il fait très chaud (le lait devient alors plus dilué pour que l’enfant tète plus souvent et soit mieux hydraté), n’hésitez pas à le mettre au sein plus souvent. Pour le faire « tenir » entre les tétées, donnez-lui votre doigt ou une tétine et évitez de lui mettre la tête dans votre décolleté qui sent le lait à 300 mètres (préférez l’épaule). C’est un aspect un peu frustrant de l’allaitement dans ce cas : vous n’osez pas trop faire de câlin à votre bébé entre les tétées (qui ne sont pas forcément une partie de plaisir les premières semaines). Par contre le papa en profite bien (qui a dit que l’allaitement excluait les pères ?) !

On vous répètera aussi qu’il n’y a pas besoin de faire de rot au sein. Quand vous aurez observé 5 minutes de tétée à haute pression, vous réaliserez rapidement qu’une petite pause-rot s’impose, surtout si le pépère râle et se tortille.

Si vous avez besoin d’un peu d’air, essayez de recueillir un peu de lait pour faire un biberon (au début, évitez de tirer mécaniquement trop de lait pour limiter la stimulation) que le père pourra donner pendant que vous faites un petit tour/une sieste. Pour ce type de bébé la confusion sein-tétine est rarement un risque. Au contraire il arrive qu’il refuse carrément le biberon. Dans ce cas-là patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage.

Craignez l’engorgement comme la peste et faites très attention à bien alterner les deux seins (n’hésitez pas à donner les deux à chaque tétée, même si c’est juste 5 minutes pour le deuxième). Je ferai bientôt un billet sur le sujet.

Généralement après un mois ou deux, les tétées s’espacent et se régulent graduellement, et votre production de lait s’adapte gentiment. Comme la plupart des femmes, l’allaitement devient plus simple et plus agréable vers 2-3 mois. Dommage, c’est la fin du congé maternité.

Enfin je suis bien consciente que ces problèmes, si insignifiants soient-ils, ne concernent pas la majorité, loin de là. Mais d’une part je connais personnellement plusieurs femmes qui se sont trouvées dans ce cas, et d’autre part ça n’est à peu près jamais évoqué dans les documents sur l’allaitement, que j’ai trouvé peu adaptés quand je pataugeais dans mon propre lait.

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9 Responses to “Allaiter un morphale : quelques pistes de survie”

  1. Blandine Says:

    la joie de l’allaitement, des taches de lait sur les t-shirts, du lit trempé quand poussin décide de faire ses nuits (vous n’aviez pas connu la perte des eaux mais l’alèze du matelas est mise à rude épreuve par ces débordements laitiers!)… pour ma part j’ai connu 2 cas bien différents.
    Un allaitement au tire-lait pour poussin n°1 le temps de son séjour en néonat, une montée de lait très très difficile (1/2h de trayeuse pour 30 ml!) mais avec de la persévérance un allaitement pendant 8 mois, avec l’aide du motilium et de l’infâme tisane (Cones de houblon 25g Semence de cumin 25g
    Feuilles d’ortie blanche 25g Semence de fenouil 25 g Galega 50g ). Poussin n°1 tient à remercier toutes les Holstein qui ont généreusement donné leur lait au lactarium de l’IPP! Je ne sais pas dans quelle mesure c’est simple ou contraignant de donner son lait à un lactarium (si certaines peuvent témoigner) mais c’est super pour ces p’tits bouts!
    Un allaitement dit normal (toujours selon les critères de L.Pernoud!) pour poussin n°2 avec son lot de tracasseries (après avoir testé de nombreuses marques de coussinets jetables -Dodie remporte la palme de l’absorbant, invisible- rien ne vaut les coussinets en tissu mais c’est comme pour les CL il en faut un max!) et son lot de moments de grand bonheur…

  2. Oui le préma c’est un cas bien particulier. Je n’ai pas testé Dodie mais je ne jurais que par Nuk, qui a l’avantage d’être disponible en supermarché.

  3. a n g e l Says:

    mon bb a 10 mois et demi, et j’ai encore trempé mon lit cette nuit, alors qu’il a tété deux fois…
    je crois je peux postuler comme exemple pour ton article …

    ^^’

  4. Bienvenue chez les prim’holstein alors ! et chez les gallinacées de la basse-cour (ahem il faudrait que je me calme sur les bestioles) !

  5. bebs Says:

    Ahh, la montée de lait…deux seins superbes, fiers, ronds et terriblement…douloureux ! Le père réveur…à qui on confie : « si tu as le malheur d’y toucher j’te casse les dents ! »

  6. woland Says:

    Intéressant, ce post, et ton blog en général. L’allaitement est une des choses « naturelles » les plus mal vécues que je connaisse et ton point de vue rarement évoqué, merci pour les mamans déboussolées qui vont te trouver via des requêtes originales sur Google… (tu nous diras lesquelles, qu’on se marre?)
    Moi j’ai commencé par la montée de lait la plus affolante qui soit: passer du bonnet C au bonnet H limite I en une nuit. Et personne de bon conseil autour de moi. Limite, j’ai l’impression d’avoir vécu une NDE. Alors MERCI

  7. @bebs : c’est clair, le père ne s’approche pas !

    @woland : merci merci, je crois que comme tout le monde je ferai quelques posts sur les requêtes les plus hallucinantes (pour le moment ce sont surtout des gens qui s’intéressent aux poules, ils doivent pas être déçus du voyage…). Tu as vu une grande lumière au bout du tunnel alors ? 😉

    @a n g e l : je viens de voir ta réponse sur ton blog, hi hi je rougis un peu là, en tout cas fais comme chez toi ici…

  8. Syven Says:

    Haricot, poussin, même combat !
    Que de vieux souvenirs !

  9. Bon je crois qu’on peut fonder un club de Holsteins…


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