La basse-cour de la poule pondeuse

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

Je suis prioritaire ! 20 mars 2008

priorité bidon Aujourd’hui une grande question : la femme enceinte d’un mois mérite-t-elle qu’on lui laisse la priorité (à la caisse, pour s’asseoir dans le métro…) ? Ou est-elle une mythomane qui tente éhontément d’usurper d’intolérables privilèges au détriment des honnêtes citoyens ? Si vous traînez sur ce blog, c’est qu’a priori vous avez été concerné(e) de près, et vous connaissez exactement la réponse. Mais quand je vois certaines des requêtes qui ont mené ici, je vois que le lectorat est varié et me dis qu’il ne serait pas plus mal de remettre les pendules à l’heure.

On croit souvent que ce qui fatigue la femme enceinte c’est d’avoir plusieurs kilos accrochés dans le bide 24 heures sur 24. C’est vrai, c’est fatigant. Mais ça n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il y a beaucoup d’autres choses qui sont épuisantes, et cela commence très tôt. Dès que les hormones entrent en jeu les problèmes commencent :

  • sommeil : au premier trimestre surtout, l’afflux de progestérone provoque un début d’hibernation chez petit-bidon-deviendra-grand. On a perpétuellement envie de dormir, on est épuisée.
  • nausées : celui qui a dit « matinales » devait être un homme qui ne savait forcément pas de quoi il parlait. Les nausées commencent effectivement le matin dès que la conscience se rebranche, et durent jusqu’au soir, au moment où on sombre enfin dans les bras de Morphée. Même s’il est 18 heures, prenez garde, la femme qui vous regarde avec des yeux de cocker à la caisse du supermarché va peut-être vomir sur vos chaussures.
  • pipiiiiiii : oui les envies continuelles d’uriner peuvent commencer dès le début de la grossesse

Il y a aussi le léger hic d’avoir un petit parasite branché sur vous. Très rapidement le volume sanguin augmente (jusqu’à 1 litre supplémentaire en fin de grossesse) pour pouvoir satisfaire les besoins du poussin. La fréquence cardiaque augmente pour compenser. Résultat :

  • essoufflement : monter un escalier devient une escalade digne de la face nord du Mont Blanc
  • anémie : avec à la clé petits malaises genre oups je m’écroule

On peut aussi avoir soit de l’hyper- soit de l‘hypotension. J’ai testé la deuxième possibilité, c’est du style je prends ma douche assise parce que debout c’est trop fatigant. Alors 15 minutes de métro debout, pensez-vous, une paille… Il y a aussi l’option hypoglycémie, un peu du même style.

Ajoutons enfin que psychologiquement le premier trimestre est éprouvant : les risques de fausse couche étant les plus importants à ce moment, on n’ose pas trop parler de sa grossesse de peur qu’elle ne tourne court. Et du coup à la moindre tension dans le ventre on se voit déjà perdre son poussin.

Pour les futures pondeuses, rassurez-vous, toutes ces joyeusetés sont en option, vous n’êtes pas obligées de tout cumuler. Certaines restent fraîches comme la rose pendant ce premier trimestre si redouté.

J’ai un poussin qui fait maintenant plus de 9 kilos, et je le porte régulièrement pour me balader. C’est lourd, c’est fatigant. Mais bien moins épuisant qu’être enceinte de deux mois. Je peux vous dire que les premières personnes à céder leur place sont les femmes qui ont des enfants, parce qu’elles savent. Alors si une femme au ventre non proéminent vous demande de la laisser passer, de la laisser s’asseoir, ne la regardez pas comme une hystérique mythomane. Personne n’aime quémander une faveur, quand on en est au point de demander à passer c’est qu’on est vraiment mal. Et personne n’aime qu’on lui vomisse sur les chaussures, donc c’est gagnant-gagnant…

Ce billet a eu l’insigne honneur d’être relu et corrigé par la poule accoucheuse, sage-femme distinguée de son état, que nous espérons revoir bientôt dans cette basse-cour pour faire plus ample connaissance.

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