La basse-cour de la poule pondeuse

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

L’allaitement rend-il beau, riche et intelligent ? 15 mars 2008

Vous avez sans doute remarqué la foultitude d’articles sous laquelle on croule régulièrement : oui l’allaitement protège l’obésité, mais finalement il n’augmenterait le QI que si on possède un certain gène, sauf qu’il rendrait significativement moins addict à TF1, mais tout en augmentant les chances de gagner la Star Ac’, etc etc. Que penser de tout ça ?

A mon humble avis, ces études prennent le problème à l’envers. Il n’y a pas à prouver que le lait maternel et le sein sont supérieurs au biberon et au lait artificiel. Ils le sont, c’est sûr. On a un peu tendance à l’oublier je trouve, mais c’est le lait maternisé et le biberon qui imitent l’allaitement maternel, et non l’inverse. Donc c’est à eux de prouver leur innocuité, et non pas à l’allaitement d’établir sa supériorité. On devrait s’inquiéter de ce que les enfants nourris au lait artificiel ne rentrent pas dans les courbes des allaités plutôt que l’inverse.

Ceci étant posé, est-on une mère indigne si on ne peut/veut allaiter son bébé, et ce jusqu’au sevrage naturel ? Certes les laits artificiels sont moins bons, mais ils ne sont pas mauvais pour autant. Et vue la multitude de formules disponibles (incluant des laits végétaux, bios ou que sais-je), on doit pouvoir en trouver un qui convienne à chaque bébé et soit un bon substitut au lait maternel, même s’il n’est pas aussi parfait. Tout le monde sera d’accord pour dire que l’air des Alpes est plus pur et moins pollué que l’air parisien, et qu’il serait donc meilleur pour un enfant. Jette-t-on pour autant l’opprobre sur tous les parents parisiens ? Non, car le bien-être d’un poussin est multi-factoriel. Et il ne sera pas heureux si ses parents ne le sont pas, surtout si leur mal-être provient (en partie) de choix liés au bébé qui ne leur conviennent pas.

On dit souvent « mieux vaut un biberon donné avec amour qu’un sein donné à contre-coeur ». Je crois que globalement un poussin sera en meilleure santé, tant physique que psychologique, avec un biberon et une mère équilibrée qu’avec du lait maternel et une mère dépressive (en caricaturant).

Ceci dit, nous avons en France un vrai problème avec la promotion de l’allaitement. Comment expliquer que tant de femmes abandonnent rapidement l’allaitement, plus ou moins à contre-cœur, car pas assez de lait, trop douloureux ou autre, alors que 98% des Scandinaves allaitent. A moins que se rouler nue dans la neige après le sauna affecte significativement la production de lait, nous pouvons donc en déduire que la très grande majorité des femmes devrait être parfaitement capable d’allaiter, si seulement on prenait la peine de lui expliquer convenablement de quoi il retourne. Si cela vous intéresse, je vous conseille la lecture de cet article de l’institut Co-naître, qui est une analyse scientifique très fouillée du problème : Allaitement maternel : l’insuffisance de lait est un mythe culturellement construit, par Gisèle Gremmo-Freger (2003). Il faudrait aussi qu’au moindre signe de problème physique de la mère et/ou de l’enfant, le corps médical propose d’abord des pistes pour continuer l’allaitement plutôt que de préconiser le sevrage. C’est tout à fait logique si on se rappelle que c’est le biberon la roue de secours. Et je ne me lancerai pas sur la longueur du congé maternité et son effet ravageur sur la poursuite de l’allaitement.

Quant à l’entourage de la jeune maman, son rôle semble parfois être de l’enfoncer dans sa culpabilité quoi qu’elle choisisse : il lui assènera avec autant de conviction « Quoi, tu l’allaites encore ? Mais tu ne penses qu’à ton propre plaisir égoïste/Tu dois être épuisée » que « Pauvre enfant comment peut-il supporter cet infâme bout de plastique et ce lait infect ? » (rayer la mention inutile).

Et l’OMS ? Qui n’a pas entendu ces fameuses recommandations : allaitement exclusif jusqu’à six mois puis diversification avec lait maternel jusque vers deux ans ? C’est tout à fait fondé, mais n’oublions pas que le M d’OMS signifie « mondiale » : la vocation de cette noble institution est de s’adresser à la grande majorité de la planète qui n’a pas les sous pour se payer du lait artificiel de qualité et ne dispose pas non plus d’eau potable sûre. Il est clair que le lait artificiel est un luxe de pays riche et un véritable massacre s’il est mal utilisé. Et les campagnes éhontément organisées par les fabricants dans les pays du tiers-monde, qui plus est sous couvert de philanthropie et d’humanitaire, sont un scandale à propos duquel on aimerait un peu plus d’indignation de la part des institutions concernées. A ce propos, voir cet article très complet de la FAO sur l’allaitement maternel et les risques d’autres pratiques dans les pays en voie de développement.

Si vous êtes enceinte et que vous vous posez l’inévitable question « sein ou biberon », n’oubliez pas que c’est votre corps et votre bébé. Vous seule savez ce qui est bon pour l’un comme pour l’autre. Renseignez-vous, lisez, prenez des idées et des conseils à droite et à gauche, mais au final c’est votre décision et personne ne devrait vous demander de la justifier. Et vous avez même le droit de changer d’avis en cours de route. Jeunes et futurs pères, donnez votre avis, discutez, mais au final respectez et soutenez vos femmes dans leur choix, elles en auront vraiment besoin.

Si vous souhaitez allaiter, sachez que les débuts peuvent être difficiles (à ce propos un autre excellent article de Co-naître : « Tu enfanteras dans la douleur, tu allaiteras dans le bonheur » de Mariella Landais, 2005), mais ne laissez personne vous faire douter de votre capacité à nourrir votre bébé. Avant la naissance, prenez contact avec des personnes susceptibles de vous soutenir efficacement, comme des sages-femmes libérales ou des associations de soutien à l’allaitement. N’hésitez pas à en voir plusieurs pour trouver quelqu’un avec qui vous vous sentiez à l’aise. Ainsi, à la moindre difficulté vous serez heureuse d’avoir quelqu’un qui vous proposera des solutions adéquates et vous aidera à les mettre en œuvre.

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6 Responses to “L’allaitement rend-il beau, riche et intelligent ?”

  1. Merci ! et bienvenue chez les gallinacées.

  2. helene Says:

    je voulais allaiter mais ça n’a pas fonctionné (je t’avais déjà raconté je crois). donc biberon, et super super ! jamais malade, bonne croissance, etc.
    mais tu sais, bébé fait de l’eczéma (c’est de famille) mais quelqu’un a trouvé le moyen de me dire que c’est parce que je ne l’ai pas allaité !!!
    ça m’a mise en rogne !
    Ma mère a allaité ses 4 enfants, et 2 ont eu de l’eczéma puis asthme. ça n’a rien à voir !!!!
    non mais.

  3. Encore quelqu’un qui se mêle d’un truc auquel il ne connaît rien… M’éneeeeeeerve !

  4. cybie Says:

    j’ai aussi voulu allaiter mais cela n’a pas été possible. Je ne vais pas rentrer dans les détails…:-/
    mais en ce qui concerne la culpabilité ça marché aussi á l’inverse, et cela blessé autant… Encore après bientôt 7 mois… Hé oui….
    Mais je suis d’accord peu de personnes respectent les mamans qui allaitent au delà du congé maternité. Respectons nous, nous sommes des mamans avant tout :-))

  5. A croire que la culpabilisation des mères est un sport national 😉


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