La basse-cour de la poule pondeuse

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

Le retour des régleuses ? 1 février 2008

Bébé interditIl y a quelques mois, une émission anglaise « Bringing up baby » défrayait la chronique en proposant à plusieurs familles les services d’experts pour les aider à s’occuper de leur nouveau-né. Le concept de l’émission en lui-même est déjà dérangeant : utiliser des bébés tout juste rentrés de la maternité comme cobayes et comme aimants à audimat attirerait de ce côté de la Manche les foudres du CSA (espérons-le) .

Mais le plus choquant dans ce programme était la présence de Claire Verity, la nounou des stars (Jerry Hall et Sting auraient eu recours à ses services, pour la modique somme de £1000 par jour !). Cette femme (qui n’a pas eu d’enfants) part du principe que le bébé est un ennemi qui vient déranger votre routine quotidienne, et qu’il ne faut pas se laisser manipuler par un être si retors. Au programme : biberon toutes les quatre heures, en évitant de rencontrer le regard de l’enfant (allaitement fortement déconseillé), pas plus de 10 minutes de câlin par jour, mettre le bébé dans sa chambre de 19h à 7h et ne pas intervenir (éventuellement les premières semaines un biberon par nuit est toléré). Et entre les biberons : mettre le bébé dehors dans son landau pendant que ses parents restent à l’intérieur à vaquer à leurs occupations (au moins les cris sont moins pénibles).

Ainsi, si on ne répond jamais à ses pleurs, le nouveau-né comprendra rapidement qu’ils ne servent à rien et cessera de pleurer. Et il arrêtera d’emmerder ses parents qui pourront à peine rentrés de la maternité organiser une petite sauterie et siroter tranquillement un mojito bien frappé avec leurs amis pendant que le petit chieur se tient à carreau dans sa chambre.

Actuellement, de telles propositions paraissent choquantes, et heureusement la politique générale dans les maternités et chez les pédiatres français privilégie la proximité entre la mère et son enfant et prône nourriture et sommeil à la demande. Mais jusque dans les années 1960, ces pratiques étaient assez répandues chez nous, notamment dans la bourgeoisie où les mères avaient recours à des régleuses, qui s’occupaient -comme leur nom l’indique- de régler les horaires du bébé. Celui-ci devait manger ce qu’on lui proposait quand on le lui proposait, et ne plus se réveiller la nuit (ou plutôt de ne plus réveiller ses parents). Or on sait maintenant, après les travaux de Spock (pas celui avec les oreilles pointues), Winnicott, Brazelton et bien d’autres, que l’affection et le contact sont aussi essentiels à un nouveau-né que le lait ou le sommeil.

Personnellement, je considère les pratiques de Claire Verity comme de la maltraitance. Et je trouve inadmissible que ce soit présenté en prime time comme une méthode possible pour élever son enfant (et pourtant je suis une vraie fan de la trash TV, mais tant que les participants sont majeurs et consentants). Attention, je ne dis pas que chaque point pris séparément constitue une maltraitance (quoi que de laisser un bébé hurler de faim….) ou qu’il est mal d’essayer d’établir une routine avec son bébé. Mais honnêtement, pourquoi s’emmerder à faire un enfant si c’est pour le considérer comme un petit chieur à dresser le plus vite possible et l’enfermer dehors toute la journée ? Dans ce cas-là, autant prendre un pit-bull.

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3 Responses to “Le retour des régleuses ?”

  1. Peter Says:

    Allez, pour un premier commentaire, je lance le débat, sans prendre parti.
    Je mets juste en avant une petite remarque qui m’est venue en lisant ton post: depuis les années 60, le fait de trop couver les enfants n’en a-t-il pas fait des enfants gâtés qui ne respectent plus rien (oui on me voit venir avec mes réflexions de papy, genre « c’était mieux avant »).
    Comme je le disais, ce n’est pas mon avis personnel, car tout comme toi je trouve plutôt hardcore ces méthodes, mais force est de constaté que de placer les enfants sur un pied d’estale leur donne le sentiment de pouvoir faire ce qu’il veulent sans respect pour les ainés (cf l’école d’aujourd’hui, où le professeur qui se fait terrorisé pendant des mois reste la victime et le coupable … encore une fois je ne prends pas parti, je constate juste).
    Donc oui, j’espère bien que ce type d’émission et de méthodes ne passera pas la Manche. Mais j’espère aussi que la France va réagir et se rendre compte qu’à laisser trop faire, on laisse une jeunesse à l’abandon, sans repère et qui se croit tout permis. Tout passera par l’éducation.
    Ayé, je fais peur à parler comme un vieux con. Mais non les jeunes, continuez à vous faire plaisir, du moment que vous ne nuisez à personne. La vie est une fête.
    Allez je retourne à ma grille de Sudoku avant mon Derrick de tout à l’heure et ma petite sieste en charentaises avant les chiffres et les lettres. Oulala, j’ai ma hanche qui me titille 😉 C’est plus de mon âge tout ca. Ya plus de saison ma bonne dame.

  2. Ah mais je ne parle pas d’enfants là, je parle de tout petits petits bébés. Evidemment qu’il faut éduquer ses enfants, mais quand ils ont l’âge d’être éduqués. D’ailleurs tu remarqueras que je ne dis rien sur Supernanny, parce qu’elle ne « s’attaque » pas à la même classe d’âge (et en fait elle s’attaque plus aux parents qu’aux enfants…). Tu crois vraiment que les petits cons se rebellent contre leurs profs parce que leur maman leur a fait un câlin de trop quand ils avaient 15 jours ? Allez, va te faire revisser ta prothèse de la hanche, avec toute cette humidité tu vas avoir des rhumatismes terribles 😉

  3. Syven Says:

    Quelle horreur… C’est une infamie.


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